Lionello Balestrieri
Cetona, 1872 – 1958
Élégante à la cigarette, vers 1900
Pierre noire, aquarelle et gouache
460 x 190 mm
Signé en bas à droite : L. Balestrieri
Né en Toscane dans une famille modeste en 1872, Balestrieri commence ses études artistiques à Rome pour les continuer à Naples, où il devient l’un des élèves préférés de Domenico Morelli. En 1894, il s’installe à Paris comme illustrateur de journaux et graveur, et réalise de nombreuses vues de la capitale. Rejoint par son ami Giuseppe Vannicola (1876-1915), poète et musicien, Balestrieri se consacre dès lors aux œuvres à sujet musical avec En attendant la gloire ou La Mort de Mimi. Mais le succès est au rendez-vous avec le grand Beethoven, ovationné à l’Exposition universelle de Paris de 1900. Le monde de la musique continuera à inspirer Balestrieri (La Vie de Chopin, triptyque ; Wagner composant l’Anneau des Nibelungen), sans jamais plus rencontrer le succès du Beethoven. En 1914, Balestrieri rentre en Italie pour s’installer à Naples où il devient le directeur du musée de l’Art industriel puis de l’Académie des beaux-arts. À partir de 1923, il se rapproche du futurisme, plus particulièrement de Filippo Tommaso Marinetti et d’Enrico Prampolini. Retiré à la campagne en 1937, il se consacrera désormais à la peinture de paysage.
Dans un café, une jeune femme en habit noir et blanc consomme un verre d’absinthe tout en fumant une cigarette. Fabriquée par les machines de la révolution industrielle depuis les années 1870, proposée par la Régie des Tabacs dans des « bondons » de vingt modules de divers tabacs (américain, français, levantin), la cigarette a déjà gagné l’estime des consommateurs masculins quand les femmes de la bonne société l’adoptent dans les années 1900. Une femme qui boit de l’alcool et qui fume, voilà qui n’est pas banal dans une société encore très intolérante. Les manuels de savoir-vivre (celui de la baronne de Staff, entre autres) soulignent à l’envi l’incorrection de la boisson alcoolisée et de la fume au féminin. Mais la beauté du vêtement, l’élégance du geste, le soin de la tenue confèrent à notre jeune femme de vingt ans une attitude résolument « moderne » et très représentative du Paris Belle Époque des années 1900.


