Nicolas de Plattemontagne
Paris, 1631 – 1706
Étude de portrait d’homme, reprises de la main et de la composition sur le bord droit, vers 1670-1680
Pierre noire et rehauts de craie blanche
348 x 288 mm
Annoté dans l’angle inférieur droit : Montagne
Filigrane : Ecu fleurdelisé couronné
Nicolas de Plattemontagne est le fils du peintre Matthieu Van Plattenberg et le neveu du graveur Jean Morin, et c’est naturellement auprès d’eux qu’il se forme. Il entre ensuite dans l’atelier de Philippe de Champaigne, où il rencontre Jean-Baptiste de Champaigne, le neveu, lui-même fraîchement arrivé des Flandres. L’amitié entre les deux jeunes artistes est immortalisée dans un célèbre double portrait peint à quatre mains, aujourd’hui au musée Boijmans van Beuningen, montrant les deux jeunes gens ensemble dans un atelier. Sous l’égide de Champaigne et au sein de l’atmosphère familiale de son atelier, les jeunes artistes participèrent au cycle de La vie de saint Benoît dans l’appartement d’Anne d’Autriche au Val-de-Grâce, puis aux décors de l’appartement du Dauphin et à ceux des Tuileries. Tous deux s’éloignent cependant progressivement de la manière du maître pour absorber, chacun à sa façon, l’influence de Charles Lebrun. Nicolas de Plattemontagne est reçu à l’Académie Royale en 1665 et après la réalisation de son May de Notre-Dame, en 1666, La Conversion du geôlier de saint Paul (Paris, musée du Louvre), il reçoit de plus en plus de commandes d’établissements religieux de la ville. L’œuvre profane de Nicolas de Plattemontagne est moins abondant ; il comprend des ouvrages pour une galerie voûtée aux Tuileries, dont on ignore la nature exacte, mais aussi de nombreux portraits.
Nicolas de Plattemontagne a, semble-t-il, surtout pratiqué le portrait dans la première partie de sa carrière, rencontrant dans ce genre un certain succès. Notre dessin, inédit, est préparatoire pour un tableau perdu montrant un homme drapé dans un grand manteau, avec un jabot de dentelle, tenant de la main droite des feuillets. L’œuvre était probablement de format ovale, comme le montre le croquis placé en bas à droite. On peut rapprocher notre dessin d'une gravure en sens inverse (daté de 1657) proche de notre composition, et inscrite dans un ovale, représentant Vincent Barthélémy, avocat et consultant au Parlement. La forme de la perruque, cependant, incite à dater notre dessin un peu plus tard, vers 1670-1680. Notre feuille est très proche de dessins comme celui conservé au musée des Beaux-Arts d’Orléans, Étude pour un portrait d’homme en buste, une étude de pouce, cinq études de mains[1].
La force et la vigueur du trait sont tout à fait remarquables dans cette étude et le schématisme est très poussé, notamment dans le visage, à peine esquissé. La composition jouant sur les ruptures et sur l’angularité, les mains puissantes apparaissent comme autant de caractéristiques du style énergique et concis de Plattemontagne, tout comme la mise en place succincte de la tête. L’inscription manuscrite « montagne » portée au bas de cette feuille est similaire à celle que l’on trouve sur des dessins dispersés dans plusieurs cabinets d’arts graphiques, notamment au musée des Beaux-Arts de Rouen[2]. Grâce au témoignage de Pierre-Jean Mariette, nous savons maintenant que cette annotation renvoie aux œuvres de Plattemontagne : comme le nom de Plattenberg, francisé en Plattemontagne, paraissait encore trop long à prononcer, l’artiste « consentit qu’on l’appelât tout simplement Montagne[3] ». Cette annotation, qui n’est pas une signature, a probablement été portée sur les dessins de l'artiste lors de l’inventaire après décès de son atelier, en 1707.
Nous remercions Mme Frédérique Lanoë, spécialiste de l’artiste, qui nous a aimablement confirmé l’attribution de ce dessin et nous a fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.
[1] F. Lanoë, Trois maîtres du dessin. Philippe de Champaigne, Jean-Baptiste Champaigne, Nicolas de Plattemontagne, Port-Royal, Musée national de Port-Royal des Champs, 2009, n°165, p. 54
[2] P. Rosenberg et N. Volle, « Nicolas de Plattemontagne dessinateur », La donation Suzanne et Henri Baderou au musée de Rouen, Études de la Revue du Louvre et des Musées de France, n° 1, Paris, 1980, p. 46-53.
[3] P.-J. Mariette, Abecedario et autres notes inédites…, P. Chennevières et A. de Montaiglon éditeurs, Paris, 1852-1863, tome IV, p. 9.


