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Constance Phillott

Bloomsbury, Londres, 1842 – Hampstead, Londres, 1931

 

Gaetano Meo et A Study, vers 1872

 

 Aquarelle et gouache

Diamètre 250 mm, feuille 280 x 275 mm et 300 x 275 mm

Signé et annoté sur la feuille de Gaetano Meo : C. Phillott / 259 … London …


 

Constance Phillott fait partie de ces nombreuses femmes artistes aujourd’hui tombées dans l’oubli. Elle naît en 1842 à Londres, de l’union d’Arthur Phillott, médecin et de Frances Frend, fille de l’auteur et réformateur social William Frend. Une des premières femmes à intégrer la Royal Academy School, elle se forme au dessin et à la peinture en compagnie de son cousin germain, le céramiste William Frend De Morgan ainsi que de la futur épouse de celui-ci, la peintre préraphaélite Evelyn Pickering, plus connue sous le nom d’Evelyn De Morgan. Se spécialisant dans les portraits, paysages et scènes de genre à l’aquarelle, elle expose, entre 1864 et 1868, à la Royal Society of British Artists. S’ensuivent de nombreuses expositions à la Royal Academy of Arts (1868-1881), la Royal Scottish Academy (1872-1880), le Royal Glasgow Institute (1877) ainsi qu’à la Royal Society of Painters in Water Colours, dont elle devient membre en 1882. Si elle n’expose plus à partir des années 1880, elle ne semble pas pour autant avoir cessé son activité de peintre : en 1890, elle réalise le Portrait d’Eugenie Sellers, Mrs. Arthur Strong aujourd’hui conservé au Griton College, de l’Université de Cambridge. Active politiquement, Constance Phillott s’engage dès les années 1860 en faveur du droit de vote pour les femmes, et adhère en 1889 à la London Suffrage Society. 

 

Réputée pour ses portraits, Constance Phillott capture, grâce à ses dons d’observation, toute la beauté de deux modèles masculins dans cette paire de tondi. Sur le fond d’un rideau mordoré, se détache la figure en buste d’un homme au teint pâle, aux cheveux bouclés blonds et à la moustache rousse. Représenté de trois-quarts, cet homme à l’air mélancolique est vêtu d’une chemise blanche surmontée d’un épais manteau noir, qui contraste fortement avec la pâleur du personnage. Si l’identité du sujet s’est malheureusement perdue, sans doute l’homme figuré est un modèle professionnel ayant posé pour les peintres préraphaélites. L’autre dessin est un portrait de Gaetano Meo. Habillé comme à la Renaissance – source principale des peintres préraphaélites – le modèle se détache sur un fond orné d’un détail de cavaliers provenant de la frise du Parthénon. Le costume porté par Meo fait référence au personnage de Tito Melema. C’est dans le roman Romola de George Eliot, publié en 1862, qu’apparaît le personnage de Melema : ce roman narre les aventures de Tito, jeune érudit italien-grec exilé à Florence au XVe siècle, et de son épouse Romola. On connait un autre portrait de Meo en costume de Melema par Edward Clifford (collection particulière)[1]. Il existe par ailleurs une autre version de ce portrait conservée au Delaware Art Museum et datée de 1872[2].

 

La vie de Gaetano Meo (Laurenzana, 1849 - Londres, 1925) est digne d’un roman. Né en Italie du sud, dans une famille très pauvre d’origine grecque, c’est à l’âge de quinze ans qu’il quitte sa terre natale pour chercher un meilleur avenir en France. Après un long périple à pied effectué avec son frère depuis la région de Basilicate, il arrive à Paris en 1864. Pour subvenir à leurs besoins, les deux frères deviennent musiciens de rue, jouant de la harpe et de du luth. D’une grande beauté, Gaetano Meo complète alors ses revenus en posant comme modèle pour les artistes parisiens. Voulant rallier les Etats-Unis, les deux frères rejoignent illégalement le Royaume-Uni à bord d’un cargo en provenance de Boulogne. Si son frère part bien pour l’Amérique, Gaetano Meo reste seul à Londres. Selon la légende, c’est dans les rues de la capitale britannique, alors qu’il jouait de la harpe, que le peintre Simeon Solomon, l’aurait découvert. Subjugué par sa beauté, Solomon le représente à plusieurs reprises et l’introduit auprès de ses amis peintres. Ainsi, Gaetano Meo devient rapidement le modèle masculin préféré de toute la génération des peintres préraphaélites tels Edward Burne-Jones, Dante Gabriel Rossetti ou bien Frederic Leighton. A une époque où les modèles masculins posent généralement vêtus d’un pagne, Meo n’hésite pas à poser nu. En 1872, il fait une rencontre qui déterminera le reste de sa carrière : celle du peintre William Blake Richmond. D’abord son modèle, il devient son ami et élève. C’est notamment sur ses conseils qu’il se met à la peinture de paysage et expose à plusieurs reprises à la Royal Academy of Arts. Formé aux arts du vitrail et de la mosaïque, il assiste Richmond sur le chantier de la Cathédrale Saint Paul de Londres avant de réaliser seul plusieurs projets de mosaïques, notamment à la Cathédrale de Westminster, entre 1913 et 1915.

 


[1]  Aquarelle et gouache, 38,8 x 30,5 cm, collection particulière. 

[2]  Aquarelle et gouache sur papier, 28,6 x 25,4 cm, inv. 2022-65, fig.2



 
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