Jacques-Antoine-Marie Lemoine
Rouen, 1751 – Paris, 1824
Jeune femme assise dans un paysage, 1779
Pierre noire et estompe
485 x 380 mm
Signé et daté à la sanguine en bas à gauche : Lemoine 1779
Provenance
Antoine-François Marmontel (1816-1898), Paris
Vente de sa collection, Paris, Hôtel Drouot, 25-26 janvier 1883, n°168
Bibliographie
N. Jeffares, « Jacques-Antoine-Marie Lemoine (1751-1824) », Gazette des Beaux-Arts, volume CXXXIII, février 1999, n°196, p. 126 (comme non localisé)
Après avoir commencé ses études auprès de Jean-Baptiste Descamps dans sa ville natale de Rouen en 1770, Lemoine s’installe à Paris où il suit l’enseignement de Jean-Jacques Lagrenée. À partir de 1777, il semble avoir été également l’élève de Maurice-Quentin de La Tour, tout en collaborant avec le graveur Jean-François Janinet. En 1784, Lemoine épousa la miniaturiste Agathe Françoise Bonvallet. Excellent dessinateur, il réalise de nombreux portraits au pastel, à la gouache, à l’aquarelle et à la pierre noire - comédiennes, chanteuses et artistes (Mme Vigée Le Brun en 1785, Jean-Honoré Fragonard en 1797) - ainsi que des portraits d’hommes politiques. Dès 1784, il peint aussi des miniatures sur ivoire sans négliger la peinture décorative, notamment le plafond du Théâtre des Arts de Rouen. D’esprit inventif, il a écrit deux ouvrages de géométrie et de perspective.
L’originalité de l’œuvre de Lemoine a été redécouverte grâce au récent travail de Neil Jeffares. Notre dessin, inédit, est très proche d’un groupe de feuilles similaires, réalisées entre 1780 et 1788, montrant des dames élégamment vêtues dans un décor paysager. Le plus connu de ces dessins est celui représentant Louise-Élisabeth Vigée Le Brun (collection particulière[1]). Notre feuille, datée 1779 - ce qui en fait la plus précoce de la vingtaine de dessins exécutés dans cette veine par Lemoine - représente une femme habillée à la dernière mode, dans un cadre idyllique reflétant le goût pittoresque du dernier quart du XVIIIe siècle, lorsque l’influence du jardin à l’anglaise se fait sentir dans les jardins français.
Ici, la simplicité de l’attitude du modèle, son regard direct et son léger sourire s’accordent avec le paysage où se détachent des rochers et des arbustes. Un doux modelé, un crayon souple et précis, une touche tantôt large, tantôt menue rendent la franchise du regard, la souplesse des cheveux et les rondeurs du visage, ces signes éclatants de la première jeunesse. La technique employée pour ce dessin — la pierre noire — laisse le blanc du papier vibrer grâce à l’estompe plus ou moins épaisse. Lemoine réussit ainsi à donner une rare luminosité à notre grande feuille. On retrouve ici les caractéristiques de l’œuvre de Lemoine, parfaitement décrites par Edmond de Goncourt : « Le portraitiste a laissé des dessins qui méritent la restitution de son nom au bas de leur nuageuse indication. Ce sont […] des femmes en pied dessinées avec des ombres et des lumières, sans l’arrêt, pour ainsi dire, d’un contour. Baignées de lueurs diffuses, ces femmes sont flottantes dans le fusinage, seulement fortifiées çà et là de quelques accentuations de sauce. Des images troubles, délicieusement vagues, qui demandent une grande intelligence de la lumière, et qui se rapprochent, avec un peu moins de légèreté, de l’estompage gris de quelques rares études d’Honoré Fragonard[2]. »
Nous remercions M. Neil Jeffares, spécialiste de l’artiste, qui nous a aimablement confirmé l’attribution de ce dessin et nous a généreusement fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.
[1] N. Jeffares, op. cit., p. 99-100, n°44. On peut voir d’autres exemples de ces dessins dans la collection Horvitz (Sous la direction d’Alvin L. Clarke, Tradition and Transitions. Eighteenth-Century French Art from the Horvitz Collection, 2017, n° 130, p. 327-328 et 536).
[2] E. de Goncourt, La Maison d’un artiste, Paris, 1881, t. I, p. 89, cité dans E. Launay, Les Frères Goncourt collectionneurs de dessins, Paris, 1991, p. 357.


