Jean-Baptiste Huet
Paris, 1745 – 1811
Un Chien de chasse, vers 1770
Huile sur papier marouflé sur carton
28 x 30 cm
Signé sur le montage : hüet
Héritier d’une famille d’artistes, dans la droite lignée de son père Nicolas Huet, peintre du Garde-meuble du roi, Jean-Baptiste entre en apprentissage auprès de Charles Dagommer, peintre animalier et membre de l’Académie de Saint-Luc, puis auprès de Jean-Baptiste Le Prince vers 1766. Il est agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture deux ans plus tard et y est reçu comme peintre animalier en 1769, à vingt-trois ans. Son morceau de réception, Un Dogue se jetant sur des oies (Paris, musée du Louvre), est exposé au Salon un mois plus tard, de même qu’une série d’études d’animaux. À ce genre, il restera toujours fidèle, dans un esprit d’observation naturaliste sans pour autant renoncer à idéaliser une nature aimable. Cette période précoce, entre 1765 et 1770, est également marquée par une importante collaboration avec Boucher et Fragonard pour la réalisation du décor du salon du graveur Gilles Demarteau (Paris, musée Carnavalet). Les pastorales réalisées alors sont peuplées d’animaux par la main de Jean-Baptiste, essentiellement des espèces familières de la campagne : une faune rustique qui renvoie à la nature décrite par Oudry, dans la lignée des grands animaliers du début du siècle. Le succès de Jean-Baptiste Huet comme décorateur se concrétise en 1770 par la commande de deux dessus-de-porte pour la salle à manger des petits appartements de Louis XV à Versailles. Huet reste enfin associé à la production de la toile de Jouy, pour laquelle il fournit des modèles encore diffusés aujourd’hui.
C’est tout l’attachement d’Huet pour les animaux et la chasse qui s’exprime dans notre feuille signée, qui nous montre un braque, chien d’arrêt à poil ras et aux oreilles pendantes. Cette œuvre s’inscrit dans la production de dessins d’animaux caractéristique des débuts de la carrière de l’artiste. En 1779, un inventaire de l’atelier est établi à l’occasion du mariage de l’artiste ; il mentionne un lot de plus de deux cents études peintes, et il est possible que notre feuille ait fait partie de cet ensemble[1]. Ne se limitant pas aux images stéréotypées, Huet multiplie les études d’animaux d’après nature, variant les points de vue et les techniques. Notre feuille peut être rapprochée d’autres huiles sur papier, comme un Canard musqué domestique (Weimar, Schlossmuseum)[2], mais aussi de dessins, comme celui d’un chien à l’arrêt (collection particulière)[3]. On ne peut qu’être saisi par la justesse du ton et la grande sûreté de la main de l’artiste, capable de saisir, sur le vif, une attitude précise, renforcée ici par le fond sombre et neutre. Notre braque, tourné vers la gauche, démontre également tout le talent de coloriste du peintre — son sens aigu de l’observation, sa maîtrise des volumes et des effets de la lumière, notamment dans l’ombre portée au niveau des pattes avant. Huet exécute ce portrait d’animal à la pointe du pinceau, utilisant l’huile en touches légères et souples, comme de l’aquarelle ; cette technique confère à l’étude un aspect à la fois moderne et singulièrement original.
[1] L. Hug, « Recherches sur la biographie du peintre Jean-Baptiste Huet (1745-1811) », Bulletin de la société d’histoire de l’art français, (année 1998), 1999, p. 159-173.
[2] De Callot à Greuze, dessins français des xviie et xviiie siècles des musées de Weimar, Weimar, New York et Paris, 2005, n° 77, p. 212-213.


