Karl Girardet
Le Locle (Suisse), 1813 – Paris, 1871
La Mort du duc d’Orléans, 1853
Pierre noire et rehauts de gouache blanche
135 x 99 mm
Œuvre en rapport
Dessin gravé par Eugène Leguay comme illustration pour l’Histoire de la vie politique et privée de Louis-Philippe depuis son avènement jusqu’à la révolution de 1848 d’Alexandre Dumas père, Paris, 1853, volume II, p. 184-185
Né dans le village du Loche, qui faisait alors partie de la république française (il a été intégré à la Confédération suisse en 1816), Karl Girardet est le fils aîné du lithographe Charles-Samuel Girardet. Formé dans un premier temps par son père, il vient ensuite s’installer à Paris où il devient l’apprenti de Louis Hersent et de Léon Cogniet à l’École des Beaux-Arts. A partir de 1836, Girardet expose ses premiers tableaux au Salon et c’est là qu’il est remarqué par le roi Louis-Philippe. Une collaboration réussie avec Cogniet sur deux vastes scènes de bataille destinée au château de Versailles lui assure renommée et fortune. Artiste voyageur, Girardet se rend régulièrement en Allemagne, en Croatie, en Italie et également en Égypte en 1844. En juillet 1848, il assiste impuissant à la chute de la monarchie et se réfugie à Brienz, en Suisse, où il se concentre sur la peinture de paysages. Revenu en France deux ans plus tard, il se consacre alors essentiellement à l’illustration de livre pour l’éditeur Mame. Blessé à l’œil durant le siège de Paris, alors qu’il dessine les positions prussiennes, Girardet meurt peu après.
A partir de 1850, Girardet se fait connaître par l’illustration de livre. C’est ainsi qu’il est amené à réaliser les planches de l’Histoire du Consulat et de l’Empire écrite par Adolphe Thiers (Paris, 1850-1851). Deux ans plus, il est appelé pour dessiner les illustrations de l’Histoire de la vie politique et privée de Louis-Philippe depuis son avènement jusqu’à la révolution de 1848 d’Alexandre Dumas père (Paris, 1853). A côté de son œuvre de théâtre (Ivanhoé, La Tour de Nesle) et de ses romans (Les Trois mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo), Dumas père a également écrit de nombreux ouvrages historiques sur les Bourbons de Naples ou les Stuart par exemple. A partir de 1844, il publie une histoire de France depuis Louis XIV (Histoire de deux siècles ou la Cour, l’Église et le peuple depuis 1650 jusqu’à nos jours) dont l’Histoire de la vie politique et privée de Louis-Philippe constitue l’ultime volet. Notre dessin est l’œuvre préparatoire pour l’estampe réalisée par Eugène Leguay et qui figurera dans le volume II, p. 184-185 de l’ouvrage. Le 13 juillet 1842, la mort accidentelle du duc d’Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe, provoque une émotion considérable. Il décède brutalement lors d’un accident de cabriolet, sur la route de Neuilly. Séduisant, brave, réputé acquis aux idées libérales, doté d’un charisme personnel, Ferdinand-Philippe avait suscité tous les espoirs et sa disparition laissera le régime de la monarchie de Juillet sans héritier. Girardet représente le prince agonisant sur un lit. Il est entouré par son père prostré à ses côtés, sa mère, la reine Marie-Amélie, qui lève les yeux au ciel, du docteur Pasquier, chirurgien du prince et d’autres membres de la famille. Dans un petit format, Girardet arrive parfaitement à illustrer l’émotion qui s’empara des proches du prince et du pays tout entier lors de cet accident traumatisant.


