Logo Gallerie Terrades
Petit logo Gallerie Terrades

Jacques-Louis David

Paris, 1748 – Bruxelles, 1825

 

Deux hommes nus sonnant de trompes, vers 1798-1800

 

Pierre noire

173 x 106 m

Numéroté en haut à droite : 39

 

Provenance

Atelier de l’artiste

Paraphes d’Eugène et Jules David en bas à gauche (Lugt 839 et 1437)

Peut-être vente de l’atelier de l’artiste, Paris, 17 avril 1826 et jours suivants, n°141

Paul Meriguet (1931-2014), Preuilly-sur-Claise et Paris


 

En octobre 1814, Jacques-Louis David achève Léonidas aux Thermopyles (huile sur toile, Paris, musée du Louvre, INV 3690) après plus de quinze années de gestation. Il ne l’expose pas au Salon, pour des raisons politiques, mais le fait voir dans son atelier, côte à côte avec son pendant daté de 1799, Les Sabines (huile sur toile, Paris, musée du Louvre). Avec Leonidas aux Thermopyles, David choisit de représenter un épisode marquant de l’histoire grecque, et plus particulièrement des guerres médiques, rapporté notamment par Hérodote. En 480 avant Jésus-Christ, l’armée perse, menée par Xerxès Ier, cherche à envahir la Grèce, en passant par le passage des Thermopyles. Désespérés après plus de deux jours de combats infructueux, les Perses sont aidés par un traître, Ephialtès, qui leur indique un passage permettant de contourner ce défilé rocheux et de prendre ainsi à revers les Grecs. Léonidas, roi de Spartes, renvoie alors les armées alliées et décide de couvrir leur retraite avec ses trois-cents spartiates, se sacrifiant pour permettre l’évacuation des populations et préparer la riposte grecque. David ne figure pas le feu des combats mais la préparation des Spartiates en vue de leur mort prochaine, comme il l’indique dans son Explication des Thermopyles qu’il fait paraître en 1814 : « le moment de ce Tableau est celui où les trompettes, en sentinelles sur une hauteur, signalent les premiers mouvements de l’armée de Xerxès. Chacun court aux armes, s’embrasse pour la dernière fois, et se dispose au combat[2]» . 

 

Léonidas aux Thermopyles est le fruit d’une lente élaboration. Sa genèse remonte au moins à 1798, date d’achèvement des Sabines et peut-être même auparavant. Dans un carnet conservé au Louvre (RF 9137), alternent, en effet, des études de figures pour les deux tableaux. La première version du Léonidas est sans doute abandonnée en 1804, lorsque Napoléon déplore que David perde son temps « à peindre des vaincus ». Il semble que l’artiste ne reprenne ses recherches sur le tableau qu’en 1807, en parallèle de celles pour La Distribution des Aigles (1810, huile sur toile, Versailles, château, MV 2278). Le tableau ne sera achevé qu’en 1814 : David produit, entre temps, de nombreux dessins préparatoires, modifiant jusqu’au dernier instant la composition et les figures qu’il représente. 

 

Notre dessin fait partie des premières études préparatoires pour les deux figures de sonneurs de trompes, situées en haut à droite du tableau définitif. Nous pouvons rapprocher nos Deux hommes nus sonnant des trompes d’une autre étude de ces mêmes figures, Deux hommes nus sonnant des trompes, vus de trois-quarts et tournés vers la gauche (crayon noir, 171 x 102 mm, localisation actuelle inconnue)[3]. Les deux pages proviennent surement d’un même carnet – démembré – comme en atteste la technique semblable, les dimensions identiques ainsi qu’une numérotation très proche – n°32 dans le cas de la figure 3, n°39 pour notre feuille.  Ces deux dessins présentent deux modèles dans l’atelier, dont la pose est déterminée par le placement de cubes en bois occupant la partie inférieure et tenant des trompettes droites (ou tuba en latin). 


Il est probable que le dessin en collection particulière soit la première idée de composition : les musiciens présentent des attitudes différenciées et les trompes ne sont pas parallèles. Dans notre feuille, les deux modèles et les trompettes sont parfaitement alignés, de profil et tournés vers la gauche. Nous retrouvons cette posture dans une  étude précoce de la composition en entier conservée au Musée Fabre de Montpellier et datée de 1798-1800, (crayon graphite, 326 x 434 mm, inv. 837.1.193)[4], où l’on voit des sonneurs dans une pose assez ressemblante. Par la suite, David modifiera profondément l’attitude des sonneurs de trompes, les déplaçant vers la droite et les plaçant en hauteur. Inédite, notre feuille constitue donc un ajout important pour comprendre l’élaboration de ce gigantesque chantier qu’a été le Léonidas aux Thermopyles.

 


[1] selon une annotation manuscrite figurant sur l'exemplaire du catalogue de la vente de 1826 conservé à la British Library de Londres: « 41: un croquis représentant deux trompettes dans le tableau de Léonidas » (voir aussi P. Rosenberg et L.-A. Prat, Jacques-Louis David, catalogue raisonné des dessins, Milan, 2002, tome 1, n°179, p. 192)

[2] J.-L. David, Explication du tableau des Thermopyles, de M. David, membre de l’Institut de France, officier de la Légion d’honneur, etc. avec gravures, Paris, 1814, p. 5.

[3]  Idem, p. 195, n°181.

[4]  P. Rosenberg et L.-A. Prat, op. cit., tome 1, p.192, n°179. 




 
Retour