Jules-Frédéric Bouchet
Paris, 1799 – 1860
Fantaisies architecturales : l’atrium et le tablinum de la maison de campagne de Pline le Jeune, 1850
Plume, encre de Chine et aquarelle
535 x 430 mm et 540 x 430 mm
Le Tablinum est signé en bas à gauche : J.B.
Les deux dessins sont signés et datés en bas à gauche sur le montage : Jules Bouchet 1850
Les deux dessins sont titrés sur le montage : Atrium et Tablinum
Provenance
Atelier de l’artiste
Jules Bouchet (1820-1871), son fils
Louis Bouchet (1866-1944), son fils
Lucie Bouchet (1893- ?), sa fille
Par descendance, collection particulière
Exposition
Paris, Salon de 1850, n°3626
Fils d’un portraitiste de bonne réputation, Jules-Frédéric Bouchet se forme auprès de son père avant d’entamer une carrière d’architecte auprès de Charles Percier. En 1822, il reçoit le second grand prix de l’École des Beaux-Arts en architecture pour un projet d’intérieur d’opéra. En Italie, entre 1825 et 1828, Bouchet étudie particulièrement les antiquités romaines et leur influence sur l’architecture de la Renaissance. Ce voyage donne lieu à deux publications importantes : un ouvrage illustré sur la Villa Pia, bâtiment situé dans les jardins du Vatican et conçu par l’architecte Pirro Ligorio, et une série de vingt-sept planches gravées pour un ouvrage sur Pompéi[1]. De retour à Paris, Bouchet est nommé inspecteur, chargé de la reconstruction de la Bibliothèque royale (1829) puis de celle de la Cour de cassation (1834). Proche collaborateur de Louis Visconti, il est chargé, après la disparition de ce dernier en 1853, de terminer le chantier des Invalides (construction du tombeau de Napoléon sous le dôme). Bouchet est également actif comme enseignant et dirige la classe de gravure de l’École centrale des arts et manufactures, où il rédige deux traités à l’intention de ses élèves sur le dessin et la perspective linéaire.
Bouchet est un dessinateur de talent et expose régulièrement au Salon, du début des années 1830 aux années 1850. En 1849, il obtient un certain succès avec huit dessins intitulés Essais de restauration. Deux ans plus tard, Bouchet publie Compositions antiques, un album de gravures d’après des reconstitutions d’intérieurs pompéiens. Entre ces deux dates, il s’intéresse à la description, par Pline le Jeune, de sa villa de campagne dans une lettre adressée à un certain Gallus. Ce passage célèbre, qui décrit assez précisément les dispositions de la villa érigée vers 100 apr. J.-C. à Laurente, près de Rome, a donné lieu à de nombreux essais de reconstitution[2]. Bouchet reprend la question et réalise plusieurs dessins, exposés au Salon de 1850. Deux ans plus tard, il publie un ouvrage fondé sur ce travail (Le Laurentin. Maison de campagne de Pline-le-Consul, restitué d’après sa lettre à Gallus, Paris, 1852). Nous présentons deux des dessins exposés au Salon de 1850 : l’atrium et le tablinum.
Dans le premier dessin, Bouchet reconstitue l’atrium, pièce centrale de la demeure romaine. Carrée, la pièce est ouverte au centre afin de recueillir l’eau de pluie dans un bassin (impluvium) - l’ouverture du toit, le compluvium, permettant cet écoulement. La forme choisie par Bouchet est celle de l’atrium tétrastyle, c’est-à-dire à quatre colonnes corinthiennes soutenant les poutres du plafond. Dans l’axe principal, au-delà du bassin, on aperçoit le puits de la citerne située sous l’impluvium, puis quelques marches qui conduisent au tablinum, pièce de réception de la maison. Quelques marches encore, et le visiteur arrive dans un péristyle qui, selon la description de Pline, présente la particularité d’être semi-circulaire ; au-delà, on accède au jardin de la demeure. Bouchet insiste ici sur l’ouverture complète de la maison, de l’atrium - partie publique de la demeure - jusqu’au jardin privé. En cas de besoin, cette transparence peut être rompue par des rideaux ou des parois amovibles. Le décor, merveilleusement rendu par Bouchet, combine des marbres de couleur au sol et des fresques aux murs et au plafond. Deux statues en pied accueillent le visiteur : cela ne semble pas être une coutume habituelle chez les Romains, mais correspond plutôt à une évocation, par Bouchet, des images des ancêtres, qui étaient habituellement conservées dans l’atrium sous la forme de masques mortuaires en cire. Deux esclaves animent cette composition.
Le tablinum est la pièce de réception de la maison romaine. Son nom dérive de tabulae, terme qui désigne soit des panneaux amovibles qui pouvaient séparer cette pièce de l’atrium, soit des archives familiales sous forme de tablettes, habituellement conservées dans cette pièce. Ici encore, Bouchet insiste sur la transparence des volumes : on distingue nettement, au-delà de quelques marches, le péristyle semi-circulaire et, au fond, le jardin. Dans ce péristyle, un jeune homme lit un phylactère tandis qu’une jeune femme tresse une couronne de fleurs. S’agissant du lieu de réception qui met en scène le paterfamilias, le décor du tablinum est particulièrement soigné, comme l’illustre Bouchet : mosaïque historiée au sol, fresques aux murs à sujets divins, arabesques et grotesques au plafond. À droite, on remarque un autel probablement dédié au dieu Lare, l’esprit bienveillant qui protège la maison ; au pied de l’autel, une cruche et une patère destinées aux libations. À côté, une table supporte un vase grec et une boîte.
Cette paire d’aquarelles de Jules Bouchet, d’un grand soin d’exécution et d’une extraordinaire précision dans le rendu des détails architecturaux comme dans le traitement de la perspective, constitue un exemple remarquable du goût des années 1840-1850 pour les reconstitutions d’intérieurs antiques, souvent réalisées par des architectes. Félix Duban, par exemple, contemporain et ami de Bouchet, a réalisé des feuilles magistrales, telle celle aujourd’hui conservée au musée d’Orsay. Dans le cas des deux feuilles de Bouchet, il s’agit moins de restitutions exactes que de « libres et rêveuses évocations d’architecture de couleurs[3] ».
[1] La Villa Pia des jardins du Vatican, architecture de Pirro Ligorio, Paris, H. Cousin, 1837 et Pompéi, choix d’édifices inédits, Maison du Poète tragique, Paris 1828-42.
[2] V. Scamozzi, L’idea dell’architettura universale, Venise, 1615 ; J.-F. Félibien des Avaux, Les plans et les descriptions de deux des plus belles maisons de campagne de Pline le consul, Paris, 1699 ; P. Marquez, Delle ville di Plinio il Giovane, Rome, 1796 ; L.-P. Haudebourg, Le Laurentin, maison de campagne de Pline le Jeune, Paris, 1838.
[3] B. Foucart, « Duban, un peintre, les aquarelles de fantaisie », sous la direction de S. Bellanger et F. Hamon, Félix Duban, les couleurs de l’architecture, Paris, 1996, p. 206.


