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Nicolas-Bernard Lépicié

Paris, 1735 – 1784

 

L’intérieur d’une grande halle, 1778

 

Plume et encre de Chine, lavis d’encre de Chine

150 x 255 mm (avec plusieurs pièces ajoutées)

Signé en bas à gauche : Lepicie

 

Provenance

Collection E. Tondu

Vente de sa collection, Paris, Hôtel Drouot, 10-13 mai 1865, n°316

 

Bibliographie

P. Gaston-Dreyfus, Catalogue raisonné de l’œuvre peint et dessiné de Nicolas-Bernard Lépicié (1735-1784), Paris, 1923, n°422, p. 121

 

 

Fils du graveur François-Bernard Lépicié, Nicolas-Bernard est formé par son père à l’imprimerie et aux estampes, mais doit bientôt se tourner vers une carrière de peintre en raison de sa mauvaise vue. Il fait son apprentissage auprès de Carle van Loo avant de recevoir le deuxième prix de Rome en 1759 avec son Miracle du prophète Elisée. Il commence une carrière de peintre d’histoire avec des œuvres comme Guillaume le Conquérant envahissant l’Angleterre (1764, morceau de réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture, aujourd’hui Caen, Abbaye aux Hommes) ou Adonis changé en anémone et Narcisse, réalisés en 1769 et 1771 pour le grand cabinet du Petit Trianon (Versailles, musée du Château). Mais, dès 1773, Lépicié se tourne vers les scènes de genre inspirées par la vogue des tableaux hollandais du XVIIe siècle : ses œuvres comme Le Lever de Fanchon (Saint-Omer, musée de l’Hôtel Sandelin), L’Enfant en pénitence (Lyon, musée des Beaux-Arts), La Demande accordée (Cherbourg, musée Thomas-Henry) connaitront un franc succès, auprès du public mais aussi des critiques qui préfèrent nettement le peintre naturaliste au peintre d’histoire. Dans cette démarche de retour à la vie quotidienne, Lépicié excella aussi dans le portrait, notamment d’enfants.

 

En 1773, l’abbé Terray, alors contrôleur général des Finances, commande à Lépicié une paire de tableaux, L’Intérieur d’une douane et L’Intérieur d’une grande halle (Madrid, musée Thyssen et collection particulière). Terray souhaitait par-là instruire et illustrer explicitement les responsabilités que le roi lui avait confiées en matière de commerce, de communications, d’agriculture et d’infrastructures connexes à travers tout le royaume. Exposées pour la première au Salon de 1775 et pour la seconde au Salon de 1778, ces deux toiles seront très appréciées par le public et la critique pour leur mélange savant entre un espace urbain idéalisé et le réalisme des activités fourmillantes s’y développant. Si L’Intérieur d’une douane est inspiré par la Halle au Blé, édifiée par l’architecte Le Camus de Mézières entre 1762 et 1766, L’Intérieur d’une grande halle montre un marché de denrées alimentaires inspiré par les Halles de Paris. Les contemporains de l’artiste auront reconnu la fontaine centrale et, au-delà des toits, le sommet de la colonne astrologique de la Halle au Blé toute proche.

 

Pour une commande aussi prestigieuse – et dont le sujet a fort probablement été dicté par le cabinet de Terray et non suggéré par l’artiste –, Lépicié a réalisé de nombreux dessins préparatoires. Notre étude d’ensemble est cependant est la seule feuille qui soit une étude de l’ensemble de la composition : une vive animation règne dans l’enceinte monumentale d’une grande halle. La foule des acheteuses se presse devant les boutiques et autour des éventaires en plein air. Un chariot attelé de deux chevaux s’est arrêté, à droite, chargé de denrées ; des tas de légumes divers jonchent le sol au premier plan. On remarque de petites différences entre notre dessin et l’œuvre achevée : ajout de certains animaux ou de la bâche sur le chariot. Mais surtout, Lépicié ajoutera dans sa peinture le sommet de la colonne astrologique de la Halle au Blé, qui permet de mieux ancrer l’œuvre dans la réalité parisienne. Malgré son format réduit, il est possible, qu’avec son pendant pour L’Intérieur d’une douane conservé en collection particulière, notre feuille puisse le dessin soumis au commanditaire pour approbation. Après cette étape, l’artiste a réalisé de nombreuses études individuelles des différents personnages et des esquisses par groupes de personnes, aujourd’hui conservés dans les musées ou en collections particulières[1]. Enfin, il a également réalisé deux riccordi de grand format à l’aquarelle, aujourd’hui dans les collections de l’Albertina de Vienne[2].

 

Nous remercions le Professeur Patrick Michel, spécialiste de l’artiste, qui nous a aimablement confirmé l’attribution de ces dessins et nous a fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.

 


[1] Notamment au musée des Beaux-Arts du Havre (Marchande en tournée, Deux marchandes, Cheval attelé, Homme debout vu de dos) et au musée des Beaux-Arts d’Orléans (Une Vieille marchande et Jeune marchande relevant son tablier).

[2] Inv. 17429 et 17430 (53,2 x 89,5 cm).



 
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