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Jean-Augustin Renard

Paris, 1744 - 1807

 

Esquisse d’une galerie de tableaux pour l’hôtel d’Orsay, vers 1781

 

Plume et encre de chine, aquarelle, 385 x 245 mm

Annoté en haut : Esquisse de l’élévation de profil d’une Gallerie de 100 pieds de long destinée à former un cabinet de tableaux et à faire suite aux appartements de l’Hôtel d’Orsay

Annoté en haut à droite : N°3

 

Jean-Augustin Renard, parfois orthographié Regnard, fut l’un des importants architectes parisiens des années 1785-1805. Après une première formation en peinture auprès de Noël Hallé, il entreprend de longues études d’architecture. En 1773, il remporte le Premier prix d’architecture avec un Projet de pavillon d’agrément pour un souverain qui lui ouvre les portes de l’Académie de Rome où il séjourne entre 1774 et 1777. Avec ses amis Fragonard, Hubert Robert et Vincent, il réalise alors de nombreuses vues de Rome à la sanguine. Après un séjour à Venise puis à Naples – où il réalise des dessins destinés à illustrer le Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile de l’abbé de Saint-Non – Renard est de retour à Paris en 1779 et entame une belle carrière. S’il est lié aux Bâtiments du Roi et travaille sur de grands édifices publics (Observatoire de Paris, écuries royales de Saint-Germain-en-Laye), il a aussi une clientèle privée – il travaille notamment pour le duc de Penthièvre – qui apprécie son talent de décorateur. En 1785, il soumet un projet d’éclairage zénithal de la Grande galerie du Louvre, auquel le surintendant des bâtiments, le comte d’Angiviller s’intéresse vivement et qui suscita de longs débats passionnés. Sa position comme architecte des Tuileries attire cependant à Renard des ennuis sous la Terreur et il est emprisonné quelques mois. Sous le Consulat et l’Empire, Talleyrand devient son protecteur et Renard exécute pour lui des travaux dans son hôtel particulier de la rue d’Anjou, au château de Valençay comme à l’hôtel de Gallifet, rue du Bac, devenu siège du ministère des Relations extérieures.

 

C’est durant son séjour à Rome que Renard rencontre le comte d’Orsay (Pierre-Gaspard-Marie Grimod Dufort, 1748-1809), qui fait son Grand tour entre 1775 et 1778. D’une très riche famille, le comte d’Orsay multiplia les achats en Italie (peintures, sculptures et objets d’art), puis à son retour en France, compléta sa collection en achetant dans les ventes des collections Mazarin, Conti, Carignan, etc. Rivaliser avec les meilleurs cabinets de son temps devient alors la nouvelle prétention du comte d’Orsay. C’est alors qu’il fait appel en 1781 à Renard, juste rentré d’Italie, pour entreprendre les transformations de son hôtel. Situé au 69, rue de Varenne, l’hôtel d’Orsay (précédemment de Chaumont puis de Chaulnes), a été construit par Alexandre Le Blond entre 1708 et 1714. Le comte d’Orsay demande à Renard de renouveler entièrement le décor de manière à pouvoir présenter ses peintures et ses sculptures dans un cadre moderne, c’est-à-dire à l’antique[1].

 

Notre dessin présente une étude inédite d’élévation pour une galerie de tableaux qui devait se raccorder aux appartements de l’hôtel d’Orsay. Cette galerie ne semble jamais avoir été construite mais elle devait sans doute faire suite à deux cabinets en rotonde éclairés par une coupole et destinés à l’exposition des tableaux. On retrouve sur notre dessin, à l’extrême droite une pièce à coupole qui pourrait être un de ces cabinets. La magnificence du comte d’Orsay se reconnait bien par l’emploi de colonnes à l’entrée de la pièce : la plupart des colonnes utilisées dans le nouveau décor étaient antiques et ramenées à grand frais d’Italie. L’éclairage, abondant, est fait par des croisées carrées placées en haut des murs, entre les atlantes. On reconnait bien dans notre dessin le style assez pictural de Renard – il commença ses études par la peinture – qui utilise avec précision la plume et l’encre et se sert avec bonheur de nuances de lavis gris, bistre ou brun, d’aquarelle rose et verte pour faire jouer les lumières et les ombres et donner du volume à ses élévations.

 


[1] C. Baulez, « L’hôtel de Clermont, 69 rue de Varenne », Le Faubourg Saint-Germain - La rue de Varenne, Paris, musée Rodin, 1981, p. 64-74



 
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