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Paul Baudry

La Roche-sur-Yon, 1828 – Paris, 1886

 

Étude pour une figure de berger, vers 1870

 

Crayon graphite et rehauts de craie blanche sur papier gris

390 x 200 mm

Signé en bas à droite : Paul Baudry

Annoté et dédicacé en bas à gauche : à l’ami Ch. Cuvillier[1] / Op. fig. de berger

 

 

Fils d’un sabotier vendéen, Paul Baudry suit d’abord les cours de l’Ecole gratuite de dessin à la Roche-sur-Yon. A partir de 1844, il parachève sa formation à Paris dans l’atelier de Drölling. Entré l’Ecole des beaux-arts en 1846, Baudry remporte quatre ans plus tard le grand prix de Rome qu’il partage avec William Bouguereau. A la Villa Médicis, il a pour condisciple l’architecte Charles Garnier avec qui il se lie d’une profonde amitié. A son retour à Paris, Baudry entame une brillante carrière tant comme portraitiste que comme décorateur. De l’hôtel particulier du ministre Fould à la résidence des Vanderbilt à New York en passant par le palais de la Païva et le château de Chantilly, résidence du duc d’Aumale, son carnet d’adresses est prestigieux. Ses œuvres sont régulièrement achetées par la Maison impériale et, en 1863, son tableau La Perle et la Vague est l’un des clous du Salon (Madrid, musée du Prado).

 

La même année, Charles Garnier remporte le concours de l’Opéra et confie à son ami Baudry la décoration du Grand foyer. Afin de préparer ce vaste chantier auquel Baudry travaillera pendant plus de huit ans et qui restera l’œuvre de sa vie, l’artiste entreprend plusieurs voyages à Rome pour mieux étudier Michel-Ange, puis à Londres pour copier les cartons de Raphaël. Garnier est tellement satisfait du résultat qu’il regrette de ne pouvoir faire traduire en mosaïques les peintures de Baudry pour qu’elles témoignent éternellement du talent de son ami. Le décor du Grand foyer se compose de dix médaillons, vingt voussures et trois plafonds. Baudry y décline un vaste répertoire, allant de grandes compositions allégoriques aux représentations des huit muses nécessaires à la musique ou de sujets tirés de la mythologie (Orphée), de la Bible ou de l’histoire chrétienne (Saül et David). Les médaillons sont peuplés de groupes d’enfants symbolisant la musique de différents pays.

 

Une des voussures est intitulé Les Bergers : Baudry dépeint la douceur de la vie pastorale où la musique jouait un rôle important dans l’Antiquité, telle que Virgile l’avait évoqué dans les Bucoliques.[2] Un berger assis au centre souffle dans la syrinx, un autre debout s’apprête à jouer de la flûte, les autres écoutent, une jeune femme debout trait une brebis. La composition équilibrée, ordonnée en forme de pyramide, évoque la sérénité et la vie calme des temps de paix. On connaissait jusqu’à présent cinq dessins préparatoires pour cette composition, une étude d’ensemble et quatre études de détails.[3] Notre feuille constitue une nouvelle étude pour la composition, centrée sur le jeune homme jouant de la syrinx. L’artiste étudie avec soin le modelé du corps, rendu par un fin réseau de hachures de craie blanche et surtout le visage plein de fraîcheur de ce jeune homme. Il modifiera cependant largement l’attitude et la position du personnage dans la version finale. Cette feuille illustre parfaitement l’art de Baudry, dont la réussite réside dans l’alliance subtile des genres et des sources, mêlant le naturel à la copie, le modèle vivant à l’antique.

 


[1] Nous n’avons pu identifier ce Charles Cuvillier. Il existe bien un compositeur de ce nom mais il est âgé de neuf ans au moment du décès de Baudry.

[2] J. Foucart, L.-A. Prat et M. Kahane, Les Peintures de l’Opéra de Paris, Paris, 1980, ill. 114 et 115.

[3] Y.-M. Bernard et V. Goarin, Baudry, 1828-1886, La Roche-sur-Yon, musée d’art et d’histoire, 1986, n°54, p. 126-127 ; sous la direction d’E. Brugerolles, Paul Baudry dessinateur, Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, 2007-2008, n°13, p. 38.



 
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