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Léonard Defrance

Liège, 1735 – 1805

 

Le Forgeron et sa famille

 

Gouache

26,4 x 32,5 cm

 

 

Issu d’une famille modeste de onze enfants, Léonard Defrance est mis en apprentissage à dix ans chez un orfèvre puis chez le peintre Jean-Baptiste Coclers. De retour à Liège en 1763 après un long séjour en Italie et en France, il s’essaie à tous les genres, peint des panneaux décoratifs et des enseignes pour subsister. Un voyage dans les Flandres et en Hollande avec le peintre Fassin décide de sa manière, la scène de genre. Reprenant aux Hollandais leurs thèmes et leur attention au détail, il fait œuvre contemporaine en habillant ses personnages de costumes d'époque et en les situant dans un environnement identifiable, celui de la région de Liège à la fin du XVIIIe siècle. A cette époque, la vallée de la Meuse compte en effet de nombreuses manufactures, houillères, fonderies, forges et clouteries que Defrance va représenter. Acquis aux idées de l’Encyclopédie, curieux des sciences et des techniques, Defrance voit en la Révolution française le triomphe de ses idées. Quand débutent les troubles, il est à Paris. Devenu officier municipal à Liège, Defrance milite alors pour le rattachement de la principauté à la France, organise la réquisition des objets d'art et de curiosité pour les musées de Paris et participe à la démolition de la cathédrale Saint-Lambert : ce qui en fera, pour longtemps, une figure controversée en Belgique. 

 

Les représentations de forges chez Defrance sont le plus souvent faites à travers le thème de la visite à l'atelier (Intérieur de fonderie, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts). Cela donne au peintre de beaux contrastes entre les visiteurs-propriétaires élégamment vêtus de couleurs claires au goût du jour et les ouvriers, dans l’ombre, habillés de couleurs sombres. Dans notre dessin, Defrance se fait le peintre de l’intimité domestique et le nombre de personnages est réduit[1]. Le feu de la forge permet des effets de clair-obscur dont les peintres de la réalité avaient déjà tiré parti : on songe à La Forge des Le Nain (Paris, musée du Louvre) ou à An Iron Forge de Wright of Derby (Londres, Tate Gallery), œuvres que Defrance a pu voir lors de ses voyages ou par l’intermédiaire d’estampes. La lumière qui rayonne du creuset où le fer est chauffé à blanc éclaire chaque personnage, le dessine et définit sa place. Le forgeron portant chapeau domine la scène de toute sa stature : il est fortement éclairé, comme il place le fer au feu, tandis que le jeune apprenti qui l’active est silhouetté à contre-jour. Les femmes sont assises dans l’ombre, mais la mère qui allaite l'enfant est baignée de la lumière qui émane du haut fourneau, qui est aussi l’âtre, le foyer chaleureux. La touche rapide de Defrance convient admirablement ici pour rendre la lumière dansante du feu qui noie les contours. Grâce au cadrage resserré, le spectateur assiste « de l'intérieur » à la scène comme prise sur le vif, description précise de gestes techniques d’une réalité préindustrielle qui est, en même temps, un tableau de famille inspiré des maîtres anciens.

 


[1] De notre composition, il existe également une version peinte sur bois, signée (F. Dehousse, M. Pacco et M. Pauchen, Léonard Defrance, l’œuvre peint, Liège, 1985, n°289).



 
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