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Armand Point

Alger, 1860 – Naples, 1932

 

Rêverie (Portrait d’Hélène Linder), 1895

 

Pierre noire sur papier vert

300 x 200 mm

Signé et daté en bas à droite : A. Point, 1895

 

Provenance

Guy Meyer (1936-2017)

 

 

Initié à l’art du dessin par l’aquarelliste Auguste Herst et à la peinture par Fernand Cormon, le jeune Point débute dans la vie artistique à Alger par des scènes orientalistes peintes sous la direction d’Hippolyte Lazerges. Installé à Paris en 1888, il rencontre les figures marquantes du Symbolisme et se rapproche, sous l’influence de Joséphin Péladan, grand Maître de l’ordre de la Rose+Croix, du mouvement idéaliste. Ce tournant radical est confirmé par le séjour de l’artiste en Italie, en 1893-1894. La découverte des Primitifs italiens et des grands artistes de la Renaissance bouleverse le peintre, qui étudie les techniques anciennes et place désormais son art sous les auspices de la tradition. De retour en France, ses envois au Salon, et l’achat par l’Etat de certains d’entre eux, déclenchent une polémique entre les partisans du Réalisme et les tenants d’un art inspiré des Anciens. Point arrête alors progressivement d’exposer au Salon et, installé à Marlotte, près de Fontainebleau, rassemble autour de lui artistes et artisans sous le nom d’Atelier de Haute-Claire. Sous sa direction, et sous l’influence de William Morris, l’atelier produit alors parmi les plus belles réalisations de l’art décoratif français de la fin du XIXe siècle. Jusqu’à sa mort à Naples en 1832, Point reste fidèle à son idéal classique, rejetant violemment toute avant-garde, ignorant les critiques qui lui reprochent son passéisme.

 

Hélène Linder, la compagne de l’artiste entre 1893 et 1900 environ, a joué le rôle d’une véritable égérie symboliste régnant sur le cénacle de Haute-Claire. Stuart Merrill lui dédiera en 1897 un de ses plus beaux poèmes : « Dame aux cheveux nimbés de l’or de tout automne […] Vous faisiez, ce soir, luire à votre doigt léger, une bague où battait le cœur d’une anémone ».  Daté de 1895, notre dessin reproduit les traits d’Hélène, le buste de trois-quarts et le visage de profil vers la gauche. On retrouve ici l’écho des maîtres florentins découverts par l’artiste durant son séjour en Italie en 1894. Dans ce dessin d’une grande pureté, Point n’a pas revêtu sa muse de costumes de la Renaissance comme il le fait souvent mais d’un costume contemporain aux manches bouffantes. Elle est assise dans une chaise que l’on retrouve dans une autre aquarelle de 1896, intitulée La Chaise italienne (collection particulière, fig. 1)[1]. L’artiste cherche moins à transcrire les particularités d’un visage qu’à mettre en valeur une beauté idéale. Il respecte en cela les règles esthétiques du Salon de la Rose+Croix, édictées le Sâr Péladan, qui proscrivent le portrait « sauf comme honneur iconique »[2].

 


[1] Nineteenth Century Drawings, Londres, Hazlitt, Gooden & Fox, 1995, n°34.

[2] Sâr Péladan, Règle du Salon annuel de la Rose+Croix, 1893, p. 43.



 
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