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Jean-Bernard Restout

Paris, 1732 – 1797

 

Philémon et Baucis donnant l’hospitalité à Jupiter et Mercure, vers 1766

 

Huile sur papier marouflé sur panneau

22,2 x 31 cm

 

Œuvre en rapport

Philémon et Baucis donnant l’hospitalité à Jupiter et à Mercure, Tours, musée des Beaux-Arts

 

 

Fils de Jean II Restout, apparenté à Noël Hallé et à Jean Jouvenet, Jean-Bernard Restout reçoit une solide formation artistique et littéraire. Pensionnaire à l’Académie de France à Rome, il exprime d’emblée un talent novateur, sobre et vigoureux. Agréé à l’Académie royale comme peintre d’histoire en 1765, il connaît ses premiers succès. Il s’insurge cependant contre le refus du jury d’exposer une de ses œuvres au Salon de 1769 ; son ressentiment envers l’Académie et les institutions ne fera que croître. Il peint peu, tarde à honorer ses commandes, mais ses œuvres de la maturité confirment les exceptionnelles qualités de l’artiste, également subtil et intelligent portraitiste. La Révolution à laquelle il adhère avec enthousiasme lui permet, aux côtés de David, d’assouvir sa vengeance contre l’Académie. Il côtoie Robespierre et Fabre d’Églantine mais signe ainsi sa perte : nommé inspecteur général du Garde-Meuble, il est injustement impliqué dans le vol des bijoux de la Couronne et incarcéré avant d’être libéré après le 9 Thermidor. La récente redécouverte de son œuvre – une monographie par Mme Nicole Willk-Brocard a été publiée en 2017 – fait regretter son choix de la politique au détriment de la peinture.

 

Agréé comme membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture le 28 septembre 1765, Restout doit réaliser pour sa réception comme peintre d’histoire un tableau dont le sujet sera Philémon et Baucis donnant l’hospitalité à Jupiter et Mercure. Si l’esquisse est présentée à l’assemblée hebdomadaire de l’Académie le 22 mars 1766, le tableau définitif (Tours, musée des Beaux-Arts) ne sera offert que le 25 novembre 1769[1]. L’histoire du vieux et misérable couple de paysans phrygiens est l’un des plus célèbres épisodes des Métamorphoses d’Ovide. Jupiter et Mercure, déguisés en voyageurs, cherchent en vain un gîte en Phrygie. Philémon et Baucis sont les seuls habitants de la contrée à leur offrir l’hospitalité et s’apprêtent à sacrifier leur unique oie pour leur servir un repas ; l’animal se réfugie près de Jupiter qui l’épargne. Dans leur colère contre les inhospitaliers Phrygiens, les dieux déchaînent alors un déluge qui inonde la région tandis qu’ils récompensèrent de leur générosité Philémon et Baucis. Ayant demandé à finir leurs jours ensemble, ils sont changés, l’un en chêne, l’autre en tilleul, mêlant leurs branches et deviennent ainsi le symbole de l’amour conjugal.

 

Pour préparer cette œuvre qui devait être soumise à ses pairs, Restout a probablement longuement étudié sa composition et une esquisse est conservée au musée des Augustins à Toulouse[2]. Par rapport à celle-ci, la nôtre est plus concentrée sur les personnages et Mercure n’apparaît que de profil. On retrouve ici la spontanéité que traduit la rapidité du pinceau propre à l’esquisse. Si la composition est déjà définie, l’esprit est assez différent de la peinture achevée. Le modello montre une scène réaliste de convives attablés et dont l’attention est retenue par le volatile qui s’échappe des mains de la vieille paysanne ; l’action est animée. L’œuvre achevé souligne au contraire la solennité de l’instant perceptible dans le mouvement retenu et dans la dignité de l’attitude des personnages. Le coloris chaud de l’esquisse est remplacé dans la peinture par une tonalité froide d’accords de rouge sombre, de brun clair et de gris qui contribue à la gravité de la composition. La découverte d’une nouvelle esquisse du Philémon et Baucis permet donc de compléter le dossier des œuvres préparatoires à cet « morceau de réception » et de mieux comprendre la genèse de cet important tableau d’histoire.

 

Nous remercions Mme Nicole Willk-Brocard, spécialiste de l’artiste, qui nous a aimablement confirmé l’attribution de cette peinture et nous a généreusement fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.

 


[1] A. de Montaiglon, Procès-verbaux de l’Académie royale de peinture et de sculpture, Paris, volumes VII, 1886, p. 309 et 326 et VIII, 1888, p. 27-28 ; N. Willk-Brocard, Jean-Bernard Restout (1732-1797) : peintre du roi et révolutionnaire, Paris, 2017, n°48P, p. 149-150.

[2] N. Willk-Brocard, op. cit., n°47P, p. 149.



 
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