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Jean-Simon Fournier

Actif à Paris entre 1791 et 1799

 

Le Jeune dessinateur, vers 1795

 

Huile sur toile marouflée sur panneau

20,7 x 15,5 cm

Signé en bas à gauche : Fournier

 

 

Le nom de Jean-Simon Fournier est peu connu. Né à Paris, Jean-Simon Fournier est l’élève de Jean-Baptiste Regnault avant d’exposer au Salon entre 1791 et 1799 des portraits et des scènes de genre comme Une Jeune fille se parant de fleurs devant une glace ou Trois jeunes femmes s’amusant à orner l’Amour de fleurs. Il est tentant d’y voir l’un des membres de la famille de fondeurs typographiques dont le plus célèbre, Pierre-Simon Fournier, était graveur et fondeur de caractères ; ses deux fils sont prénommés Jean-Pierre et Simon-Pierre. On connait plusieurs œuvres signées par Fournier comme Deux amies, daté 1788 (Toulouse, musée des Augustins), Une Jeune fille préludant sur son piano (1795, collection particulière) ou La Lettre désirée (The Horvitz Collection)[1].

 

La manière de Jean-Simon Fournier est à la fois marquée par l’art de Regnault dont il reprend le faire précis, le dessin ferme et souple et les teintes porcelainées, et par celui de Marguerite Gérard, avec laquelle il rivalise de virtuosité dans le rendu des costumes. Son art s’enrichit également, sous le Directoire, des apports de Louis Gauffier et des frères Sablet, avec le petit portrait en pied qui, à la mode anglaise, s’enlève sur un vaste paysage de campagne. C’est ce modèle que suit Fournier pour son portrait de jeune dessinateur. L’artiste tient d’une main une canne de jonc et de l’autre un carton à dessins entrouvert, débordant de feuilles. C’est à l’Angleterre que notre modèle doit son élégance vestimentaire, redingote bleue, gilet croisé, cravate blanche savamment nouée, pantalon beurre frais et bottes cavalières. Ces couleurs sobres et ces formes souples font la silhouette longiligne et l’allure cavalière et signent l’élégance du dandy qui se doit de porter une toilette d’une « simplicité absolue » qui est « la meilleure manière de se distinguer »[2]. Comme saisi sur le vif, le personnage interrompt un mouvement pour se tourner vers le spectateur, ses joues rouges suggèrant qu’il vient de marcher pour atteindre ce lieu isolé en pleine nature, propice à la rêverie artistique. Avec cette attention portée aux détails – le haut-de-forme renversé en bas à droite, la cravate blanche, les reflets sur les boutons de la redingote –, ce travail lisse au modelé soigneux du visage et cet intérêt pour la nature sauvage, notre Jeune dessinateur est caractéristique de l’art de Jean-Simon Fournier. Mais il est aussi typique d’une époque – le Directoire – où, après les tourments révolutionnaires, on redécouvre le plaisir de vivre et la douceur des mœurs de l’Ancien Régime.

 


[1] Voir sous la direction de C. Blumenfeld, Petits Théâtres de l’intime, Toulouse, musée des Augustins, 2011-2021, n°33, p. 118-119.

[2] C. Baudelaire, Le dandy, « Le peintre de la vie moderne », Curiosités esthétiques, Paris, 1986, p. 483.



 
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