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Louis Boulanger

Verceil, 1806 – Dijon, 1867

 

Danseuse sévillane, vers 1847

 

Huile sur toile

39,5 x 29 cm

Signé en bas à gauche : Louis Boulanger

 

Provenance

Donné par l’artiste à ses amis Achille Devéria et Céleste Motte

Par descendance à Claire Motte (1937 - 1986), danseuse étoile à l’Opéra de Paris

 

 

Entré en 1821 à l’École des beaux-arts, Louis Boulanger suit l’enseignement de Guillaume Guillon-Lethière. Peu après, il entre dans les milieux romantiques, les Devéria, Sainte-Beuve, le cercle de l’Arsenal de Nodier et surtout Victor Hugo, qu’il rencontre en 1824. Ami intime de ce dernier (« Mon peintre » dira l’écrivain), il prend pour thèmes nombre de ses écrits (Les Fantômes, La Ronde du sabbat) et crée des costumes de scène pour son théâtre (Hernani, 1829 ; Ruy Blas, 1838 ; Les Burgraves, 1843). Le Salon de 1827, un des sommets de l’éclosion romantique, montre son immense et célèbre Mazeppa (Rouen, musée des Beaux-Arts). Peintre d’outrance et de paroxysme dans ses peintures d’histoire (L’Assassinat du duc d’Orléans, 1833, Troyes, musée des Beaux-Arts), Boulanger adopte dans ses portraits, dont le meilleur est celui de Balzac en robe de moine (Tours, musée des Beaux-Arts), une facture souple, une pâte brillante et transparente qui évoque l’art de Lawrence ou de Bonington. Vers 1835, il se tourne vers de nouvelles sources — la littérature classique (Le Triomphe de Pétrarque, 1835, disparu ; Trois Amours poétiques, 1840, Toulouse, musée des Augustins) —, optant pour un style plus dépouillé, au dessin plus appuyé. C’est dans ce style qu'il aborde différentes commandes de peintures décoratives : la frise de la Procession des Etats Généraux en 1836 pour le musée historique de Versailles, des figures allégoriques pour le Sénat et le palais de Saint-Cloud et des peintures religieuses pour les églises Saint-Roch et Saint-Laurent. En 1860, il est nommé directeur de l’École des beaux-arts de Dijon, ainsi que du musée de la ville.

 

C’est grâce à Alexandre Dumas père que Boulanger va accomplir un voyage qui, dans le cadre paisible de son existence, sera pour lui une grande aventure. L’écrivain est invité à assister au « double mariage espagnol », un des sommets de la diplomatie matrimoniale du roi Louis-Philippe : le 10 octobre 1846, son fils Antoine, duc de Montpensier, épouse l’infante Luisa-Fernanda de Borbon, la sœur d’Isabelle II d’Espagne. Le même jour, celle-ci épouse son cousin don Francesco de Asis. Dumas père va partir pour Madrid et se fait accompagner par son fils, son collaborateur Auguste Maquet et Louis Boulanger ; plus tard, deux autres peintres, Eugène Giraud et Alphonse Desbarolles, les rejoignent. Le voyage – de Paris, le groupe gagne Madrid, puis Tolède, Grenade, Séville et Cadix –, est long, varié, fertile en incidents et nous est bien connu par le récit qu’en fait Dumas dans De Paris à Cadix (Paris, 1847-1848).

 

Durant leur séjour à Séville, en novembre, Dumas et sa troupe sont invités à une soirée organisée autour de trois danseuses, Anita, Pietra et Carmen. Celles-ci exécutent tour à tour différentes danses, l’olé, le vito et le fandango. Dumas décrit ainsi la première : « la danse est un plaisir pour la danseuse elle-même, aussi danse-t-elle avec tout le corps ; les seins, les bras, les yeux, la bouche, les reins, tout accompagne et complète le mouvement des jambes. La danseuse piaffe, bat du pied, hennit comme une cavale en amour (…). Anita tenait un chapeau d’homme à la main : ce chapeau, c’est celui du premier venu. »[1] Cette danse a été saisie par Boulanger dans un dessin fait sur place, conservé dans un album de souvenirs d’Espagne (Compiègne, musée national du château)[2] puis repris dans notre peinture.

 

Ici, Boulanger témoigne avec élégance de la grâce et de la fraicheur des danses espagnoles. Avec un pinceau ferme et souple, l’artiste représente la danseuse sur une terrasse en hauteur, dans un décor automnal, devant un arbre aux feuilles rousses. Revêtue d’une basquine de gaze blanche, sorte de jupe ample et bouffante typique des femmes espagnoles, d’un corsage rose et des petits souliers de satin, elle tient, comme dans le récit de Dumas, un chapeau de la main droite, tout en s’accompagnant d’une castagnette de la main gauche. Si Boulanger a réalisé de nombreux dessins durant son voyage, il n’a peint que très peu d’œuvres après son retour à Paris en 1847. Figurent ainsi au Salon Un Coin de rue à Séville, en 1850 ou Les Gentilhommes de la Sierra, souvenir d’Espagne en 1857 mais ces oeuvres sont perdues. Notre peinture constitue ainsi un des rares témoignages de l’influence du voyage en Espagne sur l’art de Boulanger.

 


[1] A. Dumas, De Paris à Cadix, volume II, Paris, 1848, p. 237-238.

[2] A. Marie, Le Peintre poète Louis Boulanger, Paris, 1925, p. 128.



 
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