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Jean-Baptiste Carpeaux

Valenciennes, 1827 - Courbevoie, 1875

 

Découragement, vers 1870-1875

 

Terre cuite

Hauteur 14 cm, longueur 12 cm, largeur 7 cm

Au-dessous, étiquettes avec : 2 Découragement / J.B. Carpeaux (anc. Coll. Clement-Carpeaux) et T.C. originale / Le Decouragement

 

Provenance

Atelier de l’artiste

Louise Clément-Carpeaux (1872-1961), fille de l’artiste

Louise Holfeld, sa dame de compagnie et héritière (1882-1967)

Donné en 1967 par Louise Holfeld à René Huyghe en remerciement pour son aide dans l’organisation du legs faite par Mme Holfeld à l’Etat français

René Huyghe (1906-1997), conservateur des musées français, historien de l’art et écrivain

Par descendance, collection particulière

 

Après un bref passage à l’Ecole des beaux-arts de Valenciennes, le jeune Carpeaux suit sa famille à Paris en 1838. Placé à l’Ecole royale gratuite de dessin, la « petite école », il apprend à dessiner en compagnie de Henri Chapu et de Charles Garnier, le futur architecte de l’Opéra de Paris. En 1844, il entre à l’Ecole des beaux-arts dans l’atelier de François Rude, qu’il quitte bientôt pour celui de Francisque Duret. Après dix ans d’efforts, Carpeaux remporte le prix de Rome en 1854. A Rome, marqué par la grandeur de Michel-Ange, il sculpte Ugolin, groupe qui lui vaut l’hostilité de Jean-Victor Schnetz, directeur de l’Académie de France mais les félicitations du comte de Niewerkerke, surintendant des Beaux-Arts. Il se montre également sensible au pittoresque local avec La Palombella ou encore Le Pêcheur à la coquille, exécuté après un séjour à Naples. A son retour, le sculpteur collabore aux principaux chantiers du second Empire avec Le Triomphe de Flore pour le Louvre, La Danse pour le nouvel Opéra ou Les Quatre parties du monde pour la fontaine de l’Observatoire. Cet admirateur de Houdon est aussi un remarquable portraitiste et son buste de l’épouse de l’ambassadeur de France à Rome, la marquise de Lavalette, lui ouvre les portes du salon de la princesse Mathilde. S’en suivra une série de portraits de la famille impériale dont il devient l’un des familiers. Il lègue une grande partie de son œuvre à la ville de Valenciennes à laquelle il était resté attaché.

 

La fin du second Empire et la guerre de 1870 entrainent pour Carpeaux des difficultés financières qui le contraignent à multiplier les éditions de ses œuvres. Mais surtout, un mariage malheureux et la maladie ternissent les dernières années de l’artiste. Miné par les crises, familiales et financières, et ses terribles maux, Carpeaux se laisse consumer par sa part de ténèbres au début des années 1870, ce qu’attestent ses ultimes autoportraits, dévastateurs mais aussi une série de petites terres cuites aux sujets douloureux comme Désespoir (Valenciennes, musée des Beaux-Arts[1], Accablement (collection particulière)[2] ou notre Découragement. Ce Découragement est aussi celui qui saisit l’artiste dans les dernières années de sa vie et, de ce fait, notre sculpture constitue une sorte d’autoportrait de Carpeaux. Illustrant à merveille le processus de création et la spontanéité du geste du sculpteur, notre petite terre cuite exprime la fébrilité et l’inquiétude de l’artiste dans ses dernières années.

 

Avec des moyens très réduits, Carpeaux cherche à rendre l’expression même de la dépression, utilisant des boulettes de terre rapidement amalgamées. La posture est suggérée avec une virtuosité et une synthèse extraordinaires. De ce qu’il est convenu d’appeler une esquisse (qui ménage toutefois maints détails touchants et expressifs), on retient pourtant bel et bien une vision dont « l’abstraction » de la terre amalgamée ne fait que renforcer la clarté symbolique. Cette sculpture illustre à merveille les propos des frères Goncourt visitant une exposition de l’artiste en 1894 : Maintenant, ce qu’il y a de curieux c’est l’infériorité des peintures (…) aux sculptures, où rien que dans les croquetons de glaise, dans les boulettes de terre, il y a du pétrissage de génie[3].

 

Passionnante est également l’histoire de Découragement. Resté en possession de la fille de l’artiste, Louise Clément-Carpeaux, avec le reste de l’atelier de l’artiste, notre esquisse n’a cependant jamais été éditée en bronze, contrairement à certaines ébauches en terre comme Désespoir. Par la suite, l’œuvre est passé dans les collection de Louise Holfeld, dame de compagnie et héritière universelle de Louise. Quelques années après le décès de cette dernière, Mme Holfeld décide de léguer une grande partie de ses collections à l’Etat français, pour le musée du Louvre (cet ensemble est aujourd’hui conservé au musée d’Orsay). C’est René Huyghe, alors professeur au Collège de France et académicien, mais ancien conservateur du musée du Louvre, qui servit d’intermédiaire entre le musée et Mme Holfeld. En remerciement de son action, celle-ci donna Découragement à René Huyghe. Jusqu’à sa disparition en 1997, l’œuvre est restée dans les collections de M. Huyghe, puis, dans la collection de ses descendants jusqu’à ce jour.

 


[1] Terre cuite, 16,7 x 7,5 x 9,9 cm (E. Papet et J. D. Draper, Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875). Un sculpteur pour l’empire, Paris, musée d’Orsay et New York, The Metropolitan Museum of Art, 2014, n°204, p. 275).

[2] Terre cuite, 13 x 15 cm (Ibidem, p. 253).

[3] E. et J. de Goncourt, Journal des Goncourt, Mémoires de la vie littéraire, Paris, 1896, t. IX, p. 228.



 
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