Antoine Bouzonnet-Stella
Lyon, 1637 - Paris, 1682
Les Niobides percés de flèches par Diane et Apollon
Plume et encre brune, lavis d’encre de Chine
90 x 345 mm
Provenance
Sir Jonathan Richardson, senior ou junior
(selon une annotation de Chennevières au verso de l’encadrement)
Marquis Philippe de Chennevières (Lugt 2072)
Vente de sa collection, Paris, Hôtel Drouot, Paris, 5 et 6 mai 1898,
partie d’un lot non identifié
Anatole France
Vente de sa collection, Paris, Hôtel Drouot, 21 avril 1932, n°162
Bibliographie
L. Prat et L. Lhinares, La collection Chennevières, Quatre siècles de dessins français, Paris, 2007, p. p. 83, p. 568-569 (non localisé)
Fils de l’orfèvre Etienne Bouzonnet et de Madeleine Stella, sœur de Jacques Stella, Antoine nait au sein d’une famille d’artistes. Avec ses sœurs Claudine (1636-1697), Françoise (1638-1692) et Antoinette (1641-1676), il constitue un véritable atelier familial dans l’atelier de Stella, au Louvre. Toute la fratrie sera initiée par leur oncle au dessin, à la peinture et à la gravure et, en retour, chacun accolera le nom de Stella au sien. Après le décès de ce dernier, Antoine se rend en Italie en 1658. A Rome, il est accueilli par Nicolas Poussin, ami de son oncle. Rentré à Paris en 1664, il est reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture deux ans plus tard avec ses Jeux Pythiens (Paris, Beaux-Arts). Dès lors, il se consacre essentiellement à la réalisation d’œuvres religieuses : Mise au tombeau (Angers, musée des Beaux-Arts), Vocation de Jacques et Jean, fils de Zébédée (Blois, cathédrale Saint-Louis), Annonciation, Saint Bernard donnant la communion au duc Guillaume d’Aquitaine et Apparition du Christ à sainte Lutgarde (Mézerolles, église Saint-Martin). Les Chartreux de l’abbaye de Bourgfontaine, près de Villers-Cotterêts, lui commandent un cycle de douze tableaux sur la vie de saint Bruno. Mais Bouzonnet-Stella décèdera avant d’avoir terminé cette commande qui sera achevée par Louis Licherie.
Notre dessin représente le massacre des Niobides par Diane et Apollon. Orgueilleuse comme son père Tantale, fils de Zeus, Niobé, reine de Thèbes par son époux Amphion, se vanta devant qui voulait l’entendre de sa fécondité et de la beauté de ses enfants. Aveuglée par la fierté, elle se moqua ouvertement de Léto, qui n’avait donné le jour qu’à Artémis et Apollon. C’était là s’attaquer aux dieux, et la malheureuse Niobé l’apprit à ses dépens. Indignés d’une telle présomption, les deux enfants de Léto tuèrent ceux de Niobé à coups de flèches ; seuls une fille et un garçon échappèrent au massacre. Diane et Apollon, sur la gauche, lancent les flèches qui vont tuer les enfants de Niobé ; celle-ci, au centre et reconnaissable à sa couronne, assiste impuissante au massacre. En forme de frise, notre dessin pourrait avoir été réalisé lors du séjour d’Antoine Bouzonnet-Stella en Italie, peut-être d’après un sarcophage antique ou une fresque non identifiée. Antoine laisse la priorité au trait, démultiplié en arabesques ou en segments donnant dans certaines parties un effet griffoné. On reconnait bien la manière de poser un lavis assez fort, très inspirée par la manière de travailler de l’oncle de l’artiste, Jacques Stella.
Notre dessin provient de la célèbre collection assemblée dans la deuxième moitié du XIXe siècle par Philippe de Chennevières. Mais si les dessins issus de la collection Chennevières ne sont pas rares, les dessins montés et encadrés par celui-ci le sont beaucoup plus. En effet, notre feuille présente la particularité d’avoir conservé le montage et le cadre choisis par Chennevières lorsque celui-ci prête certaines pièces de sa collection au musée d’Alençon en 1857. On retrouve au dos de cet encadrement la description du dessin de la main de Chennevières mais notre dessin ne semble pas avoir été exposé à Alençon et ne figure pas au catalogue. Dans la collection Chennevières se trouvait également un autre dessin d’Antoine Bouzonnet-Stella, Les Jeux Pythiens, étude pour son morceau de réception à l’Académie royale. Ce dessin est aujourd’hui conservé au musée Bonnat-Helleu de Bayonne[1].


